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L'interview

Trois questions au Docteur Véronique Page, psychiatre, praticien hospitalier à l’E.P.S.M. Charcot de Caudan (56).

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1. À quoi répond selon vous, la demande, voir l’exigence de diagnostic en psychiatrie ? Que pourriez-vous dire de ce qui demande à être nommé ?

 

Les demandes de diagnostic en psychiatrie sont de plus en plus fréquentes. Elles sont le fait des patients mais surtout de leurs familles (je pense particulièrement aux entrées dans la psychose de jeunes adultes). Poser un nom sur des symptômes évoluant parfois depuis longtemps permet aux patients et à leurs familles de « reprendre en quelque sorte la main » sur la maladie (en se renseignant sur la pathologie évoquée, les traitements proposés). En partageant avec des pairs des conseils, des avis, cela peut aider le patient et ses proches à sortir de leur isolement respectif et faire lien social. Enfin demander au médecin de poser un diagnostic s'accompagne très souvent d'une demande « en creux » sur les traitements proposés, les différents types de prise en charge, le pronostic, etc.

 

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2. Quelle place prend dans votre clinique la dimension du diagnostic ? Quelle place pour la singularité du patient ?

 

Jeune médecin, la recherche d'un diagnostic dans ma réflexion personnelle face à un patient était pour moi indispensable. Cela représentait un socle scientifique, une « boîte à outils » qui orientait ma prise en charge, mes prescriptions. Mais il m’a fallu du temps pour oser partager avec les patients ces diagnostics, souvent encore stigmatisants. Aujourd'hui, je le fais à la demande des patients tout en tentant de tempérer au maximum cette annonce et de l’accompagner d’une réflexion autour du caractère unique et singulier de leur maladie.

 

 

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3. Quelques-uns des nouveaux diagnostics en psychiatrie sont très demandés, les anciens diagnostics étaient redoutés, que s’est-il passé ?

 

Faire percevoir sa singularité au patient au-delà du diagnostic est pour moi primordial au cours des entretiens. Ce travail est souvent plus difficile quand le patient ou ses proches « s’arriment » à ces nouveaux diagnostics de façon défensive, refusant parfois de faire un pas de côté. Ainsi il est plus supportable pour bon nombre de patients d’arriver en consultation en évoquant un diagnostic de « Burn out » professionnel que d'évoquer un syndrome anxiodépressif. Ces nouveaux diagnostics sont sans doute socialement plus acceptables.

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